YANN DÉTREZ

(1927 – 2005)

Yann Detrez

HUMANISER LA MATIERE, POUR DONNER VIE

 

Yann Détrez est un peintre, un sculpteur et un philosophe. Il est né en 1927 au Vésinet dans les Yvelines. Amoureux de la Bretagne, il y passe la majorité de sa vie, exerce comme professeur de lettres et commence, en parallèle à sculpter. En 1979, il s’installe dans le manoir de Coetguel à Péaule dans le Morbihan où il voue sa vie à une oeuvre : sculptures, peintures, réflexions philosophiques et théoriques sur son travail artistique.

Sa production est profondément marquée par sa fascination pour la nature dans ce qu’elle a de plus primitive, de plus élémentaire. Les formes vivantes de ses sculptures nous semblent familières et pourtant ne représentent rien de connu. On retrouve dans la fluidité des courbes, la vie à son stade originel, avant « que les choses ne soient ¹ ». On perçoit alors l’infini, l’énergie créatrice du monde, le stade embryonnaire du vivant. Il n’est pas question pour Yann Détrez de reproduire la rondeur d’une tête ou d’un sein, mais de voler l’élan qui fait les êtres. « Est-ce un genou ou une épaule ? Est-ce une branche ou une bête ? C’est la vie, une et multiple ¹  ». La non-figuration de Yann Détrez croise le réel et le suggère.

Dans sa peinture, on retrouve son identité de sculpteur. La matière y a toujours une importance fondamentale avec des techniques de superposition de couleurs et de la peinture à l’huile très épaisse. L’harmonie des formes, des pleins et des déliés de la matière, l’équilibre des volumes et la beauté des lignes traduisent encore une fois sa recherche du vivant.

Dans sa quête d’unité originelle, et inspiré par une pensée mystique, YD transcende la matière, lui insuffle vie. L’on perçoit ici la force créatrice qui sommeille en chacun de nous et qui, devant son travail, devient évidente pour celui « qui se regarde dans une oeuvre comme dans un miroir. ² »

Dans les années 1970, il expose dans plusieurs galeries, à Nantes, Carnac, et Paris, notamment à la galerie Henry Benezit et au Centre Americain. Il participe également au salon « Des grands et des jeunes d’aujourd’hui » de 1966, au Musée d’art moderne de Paris. En 1973, la galerie de l’abbaye à Paris présente son travail aux côtés de Miro, Rebeyrolle et Chagall. Il connaît à cette période un succès critique important mais fugace. Il est aussi encouragé à plusieurs reprises par le sculpteur Henry Moore qui repère en lui sa force créatrice. L’artiste Tal Coat le soutient également et devient son ami.

Exigeant, doutant toujours et en même temps habité par la nécessité vitale de créer, il décide de faire de Coetguel son lieu d’exposition, dans une certaine forme de solitude et de liberté, loin d’un monde où il se retrouve de moins en moins. Aujourd’hui, l’œuvre de Yann Détrez est préservée dans sa quasi-totalité dans son atelier et reste à redécouvrir. 

Nous avons rencontré sa fille Anne qui veille, corps et âme, sur l’œuvre de son père, ainsi que sur le domaine et ses habitants.

¹ « Sculpture vivante », Yann Detrez, 2000. 

² « L’obscurité des origines », Yann Detrez, Essai, Malansac, 1982