HENRI SAMOUILOV

(1930-2014)

« On pourrait lui attribuer du talent, mais il mérite mieux que cette banalité. Une force peu commune, une humanité qui nous touche dans chacune de ses oeuvres permettent d’affirmer qu’Henri Samouilov est un peintre digne de ce nom, un visionnaire, un voyant au sens ou l’entendait Arthur Rimbaud »

Philippe Soupault – Co-fondateur du Surréalisme (1963)

LA PUDEUR SAMOUILOVIENNE

 

Henri Samouilov est un artiste né à Paris en 1930. Il vécut la plus grande partie de sa vie à Yerres dans une maison et un atelier dont il a lui-même réalisé les plans, partageant son travail entre dessin, peinture et sculpture. Il se forme d’abord au dessin d’illustration et de publicité puis prend des cours du soir à l’académie de la grande chaumière à Montparnasse.

Sa production artistique ne s’inscrit pas dans un mouvement ou un courant particulier. Loin des conventions, des exigences commerciales ou des modes de l’époque, le travail d’Henri Samouilov est doté d’une intensité peu commune. Pleine d’humanité et d’altruisme, son oeuvre n’est pas pour autant légère et insouciante mais mélancolique, mystérieuse et parfois même anxieuse.

Son imaginaire est nourri par les paysages qui font partie de son quotidien et par un monde intérieur très riche. Ainsi, à travers son regard, les scènes urbaines les plus banales gagnent en poésie et en mystère, on y retrouve également l’empreinte du
surréalisme. Quant aux paysages ruraux, ils frisent avec les frontières du réel. Henri Samouilov nous livre ainsi des compositions labyrinthiques et sinueuses qui sont le fruit de ses cheminements intérieurs les plus secrets.

De nature très réservée, la communication et la promotion autour de son travail n’étaient pas sa priorité. Il n’aimait d’ailleurs pas être le centre des attentions et préférait l’ombre à la lumière.

Un jour de déplacement, une de ses filles sortit une orange dans le métro pour la manger. Henri s’en inquiéta aussitôt et lui fit ranger sur-le-champ. Sa timidité était telle qu’il ne souhaitait surtout pas attirer les regards ou déranger. Sa pudeur l’accompagnait au quotidien et pouvait être désarmante. C’est à peine s’il ne s’excusait pas d’être dans le champ de vision de ses interlocuteurs raconte l’une de ses amies.

Henri Samouilov est demeuré toute sa vie en dehors des chemins officiels. Protégée des exigences du marché et de la mode, son oeuvre est restée profondément personnelle. Sans chercher à plaire ou à vendre, dans une vérité totale et honnête, il a laissé derrière lui une production artistique immensément touchante, inventive et profonde.