Biographie de Barbara Thacher (1941–2019)
Enfance et formation
Née à New York en décembre 1941, Barbara Thacher grandit dans un cadre atypique : enfant placée dans un home rural, elle apprend très tôt à se débrouiller seule. Elle coud ses propres robes et développe un rapport instinctif aux couleurs et aux matières. Adolescente, elle découvre la peinture au contact d’une famille où un Picasso est accroché au mur.
Après le décès de sa mère, elle s’installe à Paris et termine ses études à l’American College in Paris. Elle se forme ensuite à l’abstraction auprès du peintre Roger Barr (1963–1966).
Carrière artistique
En 1969, ses dessins liés à Mai 68 sont publiés dans Leonardo. Elle affirme déjà sa méthode : ne pas peindre l’événement sur le vif, mais laisser la mémoire faire son tri. Très vite, elle s’éloigne de l’abstraction : elle veut le corps, la scène sociale, le visage.
Au début des années 1970, elle fréquente les ateliers parisiens, dessine d’après modèle, et construit une peinture figurative d’inspiration expressionniste : frontale, nerveuse, saturée de couleurs. Elle admire Van Gogh, Munch, Ensor, Rouault, Nolde et le groupe Cobra.
Au début de sa carrière, elle signe Fitzou, un choix assumé pour s’affranchir des patronymes et pour ne pas être immédiatement classée comme femme dans un milieu dominé par les hommes. Sous ce nom, elle expose à Paris en 1974 (“Les portraits anonymes de Fitzou”), puis à Londres en 1975. Dès lors, elle reprend et conserve le nom de Barbara Thacher.
Dans les années 1980, sa peinture devient ouvertement critique et aborde des sujets de société : le couple, la domination, la vieillesse et la solitude. Elle participe aux expositions liées aux réseaux de femmes artistes (Galerie de Nesle, UNESCO, Fondation Gulbenkian) et reçoit une reconnaissance institutionnelle avec l’entrée d’une œuvre au musée d’Épinal et au centre Pompidou.
Dans les années 1990, Barbara Thacher transforme radicalement sa peinture. Les figures humaines deviennent des corps composites, enroulés, fragmentés, traversés par la couleur. Les personnages se replient sur eux-mêmes, se nouent, se dédoublent, s’emmêlent à leur propre matière. Les lignes courbes, les bandes colorées, les formes spiralées évoquent autant l’étreinte que l’entrave. La couleur vient structurer les compositions : elle cerne, retient, comprime ou libère.
Reconnaissance et postérité
Barbara Thacher expose dès les années 1970 (Paris, Londres), active dans les salons et les réseaux d’expositions de femmes artistes dans les années 1980, Thacher reste pourtant largement sous-exposée au regard de l’ampleur et de la cohérence de son œuvre. Sa redécouverte se joue aujourd’hui : au croisement du récit féministe, de la peinture expressionniste et d’une critique sociale sans concessions.
Où voir ses œuvres aujourd’hui ?
- Galerie des Oubliés : œuvres visibles en ligne et à la galerie
- Collections privées : France, Royaume-Uni, États-Unis
- Musée d’Épinal : œuvres issues de la collection liée à la Fondation Camille
- Centre Pompidou : La Vénus au divan – 1982 – 150 x 150 cm